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:-- Jsus ! que dites-vous l ! le pauvre garon ! Non, Monsieur, il n'est pas avec une femme. 
:-- Mon Dieu ! s'cria d'Artagnan, le pauvre garon irait-il plus mal ? 
:-- Sans doute, rpondit le jsuite ; pour l'examen qui prcde l'ordination, une thse est de rigueur. 
:Aramis jeta un coup d'oeil de ct sur d'Artagnan, et il vit que son ami billait  se dmonter la mchoire. 
: " Parlons franais, mon pre, dit-il au jsuite, M. d'Artagnan gotera plus vivement nos paroles. 
:-- Vous vous perdrez, dit le cur en secouant douloureusement la tte. 
:-- Mais, mon rvrend... . , reprit Aramis quelque peu abasourdi de la grle d'arguments qui lui tombait sur la tte. 
: " Gardez-vous du got profane dans le style thologique. Que dit en effet saint Augustin ?  Severus sit clericorum sermo  . 
:-- Je me connais, mon pre, ma rsolution est irrvocable. 
:D'Artagnan, qui pendant une heure s'tait rong les ongles d'impatience, commenait  attaquer la chair. 
:Aramis les conduisit jusqu'au bas de l'escalier et remonta aussitt prs de d'Artagnan qui rvait encore. 
:-- Oui, la grce efficace vous a touch, comme disait ce Monsieur tout  l'heure. 
:-- Oh ! ces plans de retraite sont forms depuis longtemps ; et vous m'en avez dj ou parler, n'est-ce pas, mon ami ? 
:-- Ainsi, vous renoncez  jamais au monde ;, c'est un parti pris, une rsolution arrte ? 
:-- Hlas ! vous le verrez par vous-mme, dit Aramis avec un soupir. 
:-- Cette dernire recommandation est inutile, interrompit d'Artagnan : il y a des pistolets chargs dans vos fontes. " 
:-- Monsieur tait dj si bon thologien ! dit Bazin presque larmoyant ; il ft devenu vque et peut-tre cardinal. 
:Vers onze heures du matin, on aperut Amiens ;  onze heures et demie, on tait  la porte de l'auberge maudite. 
:L'hte plit, car d'Artagnan avait pris l'attitude la plus menaante, et Planchet se modelait sur son matre. 
:-- Daignez m'couter, Monseigneur, et soyez clment. Voyons, asseyez-vous, par grce ! " 
:D'Artagnan, muet de colre et d'inquitude, s'assit, menaant comme un juge. Planchet s'adossa firement  son fauteuil. 
:-- Oui, c'est moi ; ainsi vous voyez bien que vous n'avez pas de grce  attendre si vous ne dites pas toute la vrit. 
:-- Aussi veuillez m'couter, et vous la saurez tout entire. 
:-- Aprs, aprs ? dit d'Artagnan, qui reconnut bien vite d'o venait le signalement si exactement donn. 
:-- Misricorde ! s'cria l'hte, si le valet en a bu la moiti du matre seulement, je suis ruin. 
:D'Artagnan partit d'un clat de rire qui changea le frisson de l'hte en fivre chaude. 
: " Vous dites toujours  misres ! mon cher Athos, dit d'Artagnan ; cela vous sied bien mal,  vous qui n'avez jamais aim. " 
: " Horreur ! s'cria d'Artagnan, que me dites-vous l ? 
:Puis il laissa tomber sa tte sur ses deux mains ; d'Artagnan demeura devant lui, saisi d'pouvante. 
: " Les jeunes gens ne savent plus boire, dit Athos en le regardant en piti, et pourtant celui-l est des meilleurs... " 
:Au reste, le mousquetaire, aprs avoir chang avec lui une poigne de main, alla le premier au-devant de sa pense. 
: " Ma foi ! dit d'Artagnan, il parat que j'tais encore plus ivre que vous, puisque je ne me souviens de rien. " 
:Athos disait cela d'une faon si naturelle, que d'Artagnan fut branl dans sa conviction. 
: " -- Et trs beau mme, dit-il, je l'ai vu hier, le valet de votre ami le tenait en main. 
: " Ce qui fut dit fut fait ; et j'ai perdu le cheval. Ah mais ! par exemple, continua Athos, j'ai regagn le caparaon. " 
:-- Aprs avoir perdu mon cheval, neuf contre dix, voyez le coup, l'ide me vint de jouer le vtre. 
:-- Oui, mais vous vous en tntes, j'espre,  l'ide ? 
:-- Non pas, je la mis  excution  l'instant mme. 
:-- J'espre, dit srieusement d'Artagnan  demi mort de frayeur, que vous n'avez aucunement fait mention de mon diamant ? 
:-- Ma foi, c'est trs drle ! s'cria d'Artagnan consol et se tenant les ctes de rire. 
:D'Artagnan respira comme si on lui et enlev l'htellerie de dessus la poitrine. 
:-- Vous feriez cela ? dit d'Artagnan indcis, tant la confiance d'Athos commenait  le gagner  son insu. 
:D'Artagnan jeta les ds en tremblant et amena le nombre trois ; sa pleur effraya Athos, qui se contenta de dire : 
: " Voil un triste coup, compagnon ; vous aurez les chevaux tout harnachs, Monsieur. " 
:" Hol, eh ! Aramis ! que diable faites-vous donc l ? crirent les deux amis. 
:-- Cela veut dire au fond ? demanda d'Artagnan, qui commenait  se douter de la vrit. 
:-- Mais ce dner n'tait pas pour vous seul, mon cher Porthos ? dit Aramis. 
: " Oui, du cheval ; n'est-ce pas, Porthos, que nous mangeons du cheval ? Peut-tre mme les caparaons avec ! 
:Les quatre philosophes se regardrent tout bahis : M. de Trville ne plaisantait pas sous le rapport de la discipline. 
:Mais cette promesse tait bien vague et ne rassurait gure d'Artagnan. 
:Porthos continuait  se promener, les mains derrire le dos, en hochant la tte de haut en bas et disant : 
:Porthos fit, au son de cette voix, un soubresaut comme ferait un homme qui se rveillerait aprs un somme de cent ans. 
:-- Il et fallu tre aveugle pour ne pas le voir. 
:-- Et ce coureur qui attendait  la porte, et ce carrosse avec un cocher  grande livre qui attendait sur son sige ? " 
: " Ah ! vous tes l'enfant chri des belles, Monsieur Porthos ! reprit en soupirant la procureuse. 
:-- Fi donc, Madame ! dit Porthos comme rvolt, ne parlons pas argent, s'il vous plat, c'est humiliant. 
:-- Pour la vie, rpliqua Porthos sur le mme air. 
:-- Deux que M. de Trville me prte pour la promenade, et avec lesquels je vais aller faire un tour  Saint-Germain. 
:-- Eh bien, va donc causer avec ce garon, dit d'Artagnan, et informe- toi dans la conversation si son matre est mort. " 
:Milady sortit sa charmante tte blonde par la portire, et donna des ordres  sa femme de chambre. 
:D'Artagnan pensa que c'tait le moment d'intervenir ; il s'approcha de l'autre portire, et se dcouvrant respectueusement : 
:Aux premires paroles, Milady s'tait retourne, regardant le jeune homme avec tonnement, et lorsqu'il eut fini : 
:-- Mais j'en ai trois qui seront fort honors de jouer la mme partie que moi. 
:Il trouva Athos couch sur un grand canap, o il attendait, comme il l'avait dit, que son quipement le vnt trouver. 
:Athos fut enchant lorsqu'il sut qu'il allait se battre contre un Anglais. Nous avons dit que c'tait son rve. 
:-- Ce qui ne nous donne qu'un plus grand dsir de connatre les noms vritables, rpondit l'Anglais. 
:-- Oui, rpondirent tout d'une voix Anglais et Franais. 
:Athos s'escrimait avec autant de calme et de mthode que s'il et t dans une salle d'armes. 
:Aramis, qui avait le troisime chant de son pome  finir, se dpchait en homme trs press. 
:Porthos leva les paules. Aramis, d'un mouvement de lvres, approuva Athos. 
:Le frre ne vit rien ; il s'tait retourn pour jouer avec le singe favori de Milady, qui l'avait tir par son pourpoint. 
:Ses lvres taient magnifiques, on et dit du corail. 
:En tout, trois clercs et demi ; ce qui, pour le temps, annonait une tude des plus achalandes. 
:Le cousin fut accept avec rsignation, voil tout. Matre Coquenard ingambe et dclin toute parent avec M. Porthos. 
:Bientt l'heure du dner arriva. On passa dans la salle  manger, grande pice noire qui tait situe en face de la cuisine. 
:A peine entr, il remua le nez et les mchoires  l'exemple de ses clercs. 
: " Ah ! Madame Coquenard ! je vous en fais mon compliment, votre dner tait un vritable festin ; Dieu ! ai-je mang ! " 
:Matre Coquenard avait mang son potage, les pattes noires de la poule et le seul os de mouton o il y et un peu de viande. 
:Il regarda si le plat de fves tait encore l, le plat de fves avait disparu. 
: " C'est bien, se dit Porthos  lui-mme, me voil prvenu. " 
:Il passa la langue sur une petite cuillere de confitures, et s'englua les dents dans la pte collante de Mme Coquenard. 
:La procureuse emmena Porthos dans une chambre voisine et l'on commena de poser les bases de la rconciliation. 
:-- Assurment qu'elle est vide, rpondit navement de son ct la procureuse. 
:-- Et que diable vois-tu donc l de si fcheux ? demanda d'Artagnan. 
:D'Artagnan plit ; il tait bless dans son amour-propre, il se crut bless dans son amour. 
:-- La premire, c'est que jamais ma matresse ne vous aimera. 
:-- Je n'avouerais jamais cela qu' l'homme... qui lirait jusqu'au fond de mon me ! " 
: " Ketty, dit-il, je lirai jusqu'au fond de ton me quand tu voudras ; qu' cela ne tienne, ma chre enfant. " 
: " Oh ! non, s'cria Ketty, vous ne m'aimez pas ! C'est ma matresse que vous aimez, vous me l'avez dit tout  l'heure. 
:-- Et cela t'empche-t-il de me faire connatre la seconde raison ? 
: " Grand Dieu ! s'cria Ketty, voici ma matresse qui m'appelle ! Partez, partez vite ! " 
: " Me voici, Milady, me voici " , s'cria Ketty en s'lanant  la rencontre de sa matresse. 
: " C'est bien, dit Milady, rentrez chez vous et demain tchez enfin d'avoir une rponse  cette lettre que je vous ai donne. 
:-- En voil un, dit Ketty, qui m'a bien l'air d'tre tout le contraire de ce pauvre M. d'Artagnan. 
: " O mon Dieu ! dit tout bas Ketty, qu'avez-vous ? et comme vous tes ple ! 
:C'tait le jour mme o Ketty tait venue trouver d'Artagnan chez lui, jour de runion. 
:Porthos arriva un instant aprs d'Artagnan. Les quatre amis se trouvaient donc runis. 
: " Je crois que ces gaillards-l ont trouv leur affaire. Qu'en pensez- vous, d'Artagnan ? dit Athos. 
:-- C'est--dire que je rends visite  une Anglaise, celle dont je vous ai parl. 
:-- Oui ; vous voyez l votre quipement, je crois,  ce que vous m'avez dit. 
:-- Point du tout ! j'ai acquis la certitude que cette femme tait pour quelque chose dans l'enlvement de Mme Bonacieux. 
:Et il baisait la lettre avec passion, sans mme regarder l'or qui tincelait sur la table. 
:Or, comme d'Artagnan ne se gnait pas avec Aramis, voyant que Bazin oubliait de l'annoncer, il s'annona lui-mme. 
:-- Ah ! vraiment ! dit d'Artagnan ; Eh bien, votre libraire est gnreux, mon cher Aramis, voil tout ce que je puis vous dire. 
:Bazin comprit qu'il tait dans son tort ; il baissa la tte, et sortit. 
: " Arrtez, au nom du Ciel ! Monsieur Porthos, s'cria-t-elle, arrtez et causons. 
:-- A la bonne heure ! voil qui est parler, ma chre ! 
: " Diable ! pensa Porthos en s'loignant, il me semble que je me rapproche enfin du bahut de matre Coquenard. " 
:Ketty tait assise la tte cache dans ses mains, et pleurait. 
:-- Oh ! mon Dieu, mon Dieu ! murmura Ketty, il n'a pas mme pu attendre l'heure qu'il avait fixe lui-mme ! 
: " Cette femme est pleine de mystres " , murmura en lui-mme d'Artagnan. 
:-- Et vous avez raison, dit d'Artagnan. Aussi, je m'en spare ; je vous avoue que cette femme m'effraie moi-mme. 
:-- Je l'aurai, rpondit d'Artagnan, et  l'instant mme. 
:Et Athos salua d'Artagnan de la tte, en homme qui veut faire comprendre qu'il n'est pas fch de rester seul avec ses penses. 
:Et la pauvre Ketty, ple et tremblante, attendait la rponse de d'Artagnan. 
: " Faites entrer " , dit Milady d'une voix brve, mais si perante que d'Artagnan l'entendit de l'antichambre. 
:-- Ai-je besoin de vous le dire, et ne vous en tes-vous point aperue ? 
:-- Vous, Madame ! s'cria d'Artagnan jouant la surprise, est-ce possible, mon Dieu ? belle et bonne comme vous l'tes ! 
:-- Alors, dit Milady, puisque vous tes aussi gnreux qu'amoureux... " 
:-- Eh bien, reprit Milady aprs un moment de silence, cessez ds aujourd'hui de parler d'impossibilits. 
: " Non, ft-ce mon frre ! " s'cria d'Artagnan comme emport par l'enthousiasme. 
:Et l'ardente pression fit frissonner d'Artagnan, comme si, par le toucher, cette fivre qui brlait Milady le gagnait lui-mme. 
:Ses lvres taient froides : il sembla  d'Artagnan qu'il venait d'embrasser une statue. 
: " Auriez-vous peur, cher d'Artagnan ? dit-elle d'une voix aigu et railleuse qui rsonna trangement dans l'obscurit. 
:-- Mais enfin, que je sois bless dangereusement, tu mme. 
:-- Impossible, dit Milady, vous tes un homme si vaillant et une si fine pe. 
:-- Vous ne prfreriez donc point, reprit d'Artagnan, un moyen qui vous vengerait de mme tout en rendant inutile le combat. " 
: " Vraiment, dit-elle, je crois que voil que vous hsitez maintenant. 
:-- Qu'il est loin d'tre ou plutt d'avoir t aussi coupable envers vous qu'il le parat. 
:-- Eh bien, je me sens comme transport, un aveu me pse. 
:-- Vous aviez donn rendez-vous  de Wardes, jeudi dernier, dans cette mme chambre, n'est-ce pas ? 
:-- Oh ! rassurez-vous, vous n'tes point coupable envers moi, et je vous ai dj pardonn ! 
:Ple et terrible, Milady se redressa, et, repoussant d'Artagnan d'un violent coup dans la poitrine, elle s'lana hors du lit. 
: " Grand Dieu ! " s'cria d'Artagnan en lchant le peignoir. 
:Elle se retourna, non plus comme une femme furieuse, mais comme une panthre blesse. 
: " Ah ! misrable, dit-elle, tu m'as lchement trahie, et de plus tu as mon secret ! Tu mourras ! " 
:Malgr le mutisme habituel du pauvre garon, cette fois la parole lui revint. 
: " H, l, l ! s'cria-t-il, que voulez-vous, coureuse ? que demandez- vous, drlesse ? " 
:Et il pronona ces mots d'un air si solennel et avec une pouvante si vraie qu'Athos lui prit aussitt les mains en s'criant : 
: " Seriez-vous bless, mon ami ? vous tes bien ple ! 
:-- Ah ! cria le mousquetaire comme s'il et reu une balle dans le coeur. 
:-- Voyons, dit d'Artagnan, tes-vous sr que l'autre soit bien morte ? 
:Athos poussa un gmissement et laissa tomber sa tte dans ses mains. 
:-- La fleur de lys est petite, rousse de couleur et comme efface par les couches de pte qu'on y applique. 
:-- On l'appelle Milady, mais elle peut tre Franaise. Malgr cela, Lord de Winter n'est que son beau-frre. 
:-- Elle n'osera rien dire, car ce serait se dnoncer elle-mme. 
:-- Une tigresse, une panthre ! Ah ! mon cher Athos ! j'ai bien peur d'avoir attir sur nous deux une vengeance terrible ! " 
:D'Artagnan raconta tout alors : la colre insense de Milady et ses menaces de mort. 
:-- Il y a quelque horrible mystre sous tout cela. , Athos ! cette femme est l'espion du cardinal, j'en suis sr ! 
:-- Moi, reprendre cette bague, aprs qu'elle a pass par les mains de l'infme ! jamais : cette bague est souille, d'Artagnan. 
:-- Oui, sans doute, dit d'Artagnan, sois tranquille, Ketty. Mais qu'est-il arriv aprs mon dpart ? 
:-- Moi ! s'cria Athos avec un accent pareil  celui d'un homme qui s'aperoit qu'il va marcher sur une couleuvre. 
:-- J'ai baiss ma coiffe en l'apercevant, mais peut-tre tait-il trop tard. 
:Une demi-heure aprs, d'Artagnan revint avec les deux mille livres et sans qu'il lui ft arriv aucun accident. 
:-- Cependant, dit d'Artagnan, il me semble bien reconnatre l'criture. 
:-- Dcidment, Athos, dit Aramis, vous tiez fait pour tre gnral d'arme ; que dites-vous du plan, Messieurs ? 
:-- Mon cher ! dit Athos, vous tes certainement le pote le mieux mont de France et de Navarre. 
:-- Il n'y a qu'aux potes que ces choses-l arrivent, reprit gravement Athos. 
:-- Et avec le plus grand soin ; la sret du cavalier, vous le savez, dpend presque toujours de son cheval ! 
:-- Eh bien, cdez-le-moi pour le prix qu'il vous a cot ! 
:-- Trs bien ; mais il est bientt cinq heures, htons-nous. " 
:Les deux mousquetaires se rencontrrent  la porte : Athos et d'Artagnan les regardaient par la fentre. 
: " Monsieur, lui dit le cardinal, tes-vous un d'Artagnan du Barn ? 
:-- Je suis le fils de celui qui a fait les guerres de religion avec le grand roi Henri, pre de Sa Gracieuse Majest. 
:-- Vous tes venu par Meung, o il vous est arriv quelque chose, je ne sais plus trop quoi, mais enfin quelque chose. 
:-- Je suis dans l'ge des folles esprances, Monseigneur, dit d'Artagnan. 
:-- Je suis dans les gardes de Sa Majest, Monseigneur, et je n'ai point de raisons d'tre mcontent. 
:-- J'y tcherai, Monseigneur, rpondit le Gascon avec une noble assurance. 
:Athos tomba dans une profonde rverie et ne rpondit rien. Mais lorsqu'il fut seul avec d'Artagnan : 
:D'Artagnan resta toute la journe dans son logis ; il se donna pour excuse, vis--vis de lui-mme, que le temps tait mauvais. 
:Il crut qu'ayant eu peur ils taient rests en arrire et continua d'avancer. 
:Au dtour de la contrescarpe, ils se trouvrent  soixante pas  peu prs du bastion. 
: " Oh ! ne me tuez pas ! s'cria le bandit ; grce, grce, mon officier ! et je vous dirai tout. 
:Et  ces mots d'Artagnan fit un geste si menaant, que le bless se releva. 
: " Arrtez ! arrtez ! s'cria-t-il reprenant courage  force de terreur, j'irai... j'irai !... " 
:D'Artagnan prfra le second moyen et chargea l'assassin sur ses paules au moment mme o l'ennemi faisait feu. 
:D'Artagnan regagna la tranche et jeta le cadavre auprs du bless aussi ple qu'un mort. 
:Ds lors, ainsi qu'Athos l'avait prdit, il tait possible de retrouver Mme Bonacieux, et un couvent n'tait pas imprenable. 
: " Votre serviteur trs humble et trs obissant, 
:-- J'espre, dit Aramis, qu'il n'y a pas de femmes  votre dner ! 
:-- Eh bien,  dfaut de champagne et de chambertin, vous vous contenterez de celui-l. 
: " Ah ! s'cria-t-il en apercevant d'Artagnan, ah ! c'est affreux, vous avez l'air de me faire grce et vous m'empoisonnez ! 
:-- Moi ! s'cria d'Artagnan, moi, malheureux ! moi ! que dis-tu donc l ? 
:-- Bah ! dit Athos, Dieu nous a gards jusqu' prsent, Dieu nous gardera encore. 
:De cette faon, Monsieur surveillait Bassompierre ; le roi, le duc d'Angoulme, et le cardinal, M. de Schomberg. 
:Aussitt cette organisation tablie, on s'tait occup de chasser les Anglais de l'le. 
: Des  Te Deum  furent chants au camp, et de l se rpandirent par toute la France. 
:-- Qui vive vous-mme ? rpondit un de ces deux cavaliers. 
:-- Votre nom ? reprit une seconde fois le cavalier en laissant tomber son manteau de manire  avoir le visage dcouvert. 
:-- Oui, Votre Eminence, dit Athos, tandis que les deux mousquetaires rests en arrire s'approchaient, le chapeau  la main. 
:-- Et quels ont t les rsultats de cette querelle ? demanda le cardinal en fronant le sourcil. 
:-- Monseigneur, dit firement Athos, nous sommes gentilshommes, et pour sauver notre tte, nous ne ferions pas un mensonge. 
: " Avez-vous quelque chambre au rez-de-chausse o ces Messieurs puissent m'attendre prs d'un bon feu ? " dit le cardinal. 
:Porthos et Aramis se placrent  une table et se mirent  jouer. Athos se promena en rflchissant. 
:-- Oui, franchement et loyalement, reprit le cardinal du mme ton ; toute cette ngociation doit tre faite  dcouvert. 
:Porthos et Aramis allrent reprendre leur place prs du tuyau de pole. 
: " Qui tes-vous ? et que demandez-vous ? " s'cria-t-elle. 
:-- Le comte de La Fre ! murmura Milady en plissant et en reculant jusqu' ce que la muraille l'empcht d'aller plus loin. 
:Milady,  ces paroles qui lui rappelaient des souvenirs effroyables, baissa la tte avec un gmissement sourd. 
:Milady se leva comme mue par un ressort, et ses yeux lancrent des clairs. Athos resta assis. 
:-- Je puis vous raconter jour par jour vos actions, depuis votre entre au service du cardinal jusqu' ce soir. " 
:Un sourire d'incrdulit passa sur les lvres ples de Milady. 
:Et il sortit de la chambre sans mme regarder en arrire. 
:Comme ces paroles s'accordaient effectivement avec l'ordre qu'ils avaient reu, ils inclinrent la tte en signe d'assentiment. 
:-- Oui, Monseigneur, rpondit Athos. C'est lui-mme. 
:-- Oh ! oh ! fit d'Artagnan comprenant le lger froncement de sourcils du mousquetaire, il parat qu'il y a du nouveau ici. 
:D'Artagnan regarda Athos pour savoir s'il devait rpondre  cet intrus qui se mlait  la conversation. 
:-- Et quel bastion est-ce ? demanda un dragon qui tenait enfile  son sabre une oie qu'il apportait pour qu'on la ft cuire. 
:-- Le bastion Saint-Gervais, rpondit d'Artagnan, derrire lequel les Rochelois inquitaient nos travailleurs. 
:-- L ! dit le dragon. Maintenant, voyons le pari ! Nous coutons, Monsieur Athos ! 
:Porthos et Aramis se regardrent, ils commenaient  comprendre. 
:-- Mais vous tes quatre, Messieurs, dit Athos, nous sommes quatre ; un dner  discrtion pour huit, cela vous va-t-il ? 
: " Le djeuner de ces Messieurs est prt, dit l'hte. 
:-- Mais il me semble que pour une pareille expdition, nous aurions d au moins emporter nos mousquets. 
:-- D'Artagnan a dit que dans l'attaque de cette nuit il y avait eu huit ou dix Franais de tus et autant de Rochelois. 
:Arrivs au bastion, les quatre amis se retournrent. 
:Aprs quoi, ils disparurent tous quatre dans le bastion, o les avait dj prcds Grimaud. 
:Comme l'avait prvu Athos, le bastion n'tait occup que par une douzaine de morts tant Franais que Rochelois. 
:-- Comment ! en demandant ma tte au cardinal ? s'cria d'Artagnan, ple de terreur. 
:-- Mauvais prtre, rpondit Porthos, qui a piti des hrtiques ! 
:-- Alors c'tait donc pour venir prs d'elle que vous nous avez quitts ? demanda Aramis. 
:D'Artagnan le dplia d'une main dont il n'essayait pas mme de dissimuler le tremblement et lut : 
:-- Ah , mais ! dit Porthos, il me semble que vous faites l de tristes plaisanteries, mon cher. 
:Les quatre coups de fusil ne firent qu'une dtonation, et quatre hommes tombrent. 
:-- Non, dit Porthos, en voil deux ou trois qui se sauvent tout clops. " 
:-- Eh bien, dit Athos, je ne suis pas trs loign d'adopter l'ide de Porthos. 
:Les quatre amis coutrent, et le bruit du tambour parvint effectivement jusqu' eux. 
:-- Oui, oui, l'ide d'Athos, dirent en mme temps d'Artagnan et Aramis. 
:-- Cette Milady, cette femme, cette crature, ce dmon, a un beau- frre,  ce que vous m'avez dit, je crois, d'Artagnan. 
:-- Sans doute, dit Aramis, et ds aujourd'hui nous crivons les lettres, nous leur donnons de l'argent, et ils partent. 
:Les quatre amis se regardrent, et un nuage passa sur les fronts qui s'taient un instant claircis. 
:-- Dcampons d'abord, interrompit d'Artagnan, tu comprendras aprs. 
:Athos descendit ; ses camarades, qui l'attendaient avec anxit, le virent paratre avec joie. 
:De leur ct, les Franais, en voyant revenir les quatre amis au pas, poussaient des cris d'enthousiasme. 
:-- Voil ce que c'est que d'avoir des diamants, mon matre, dit ddaigneusement Athos. 
:-- A la bonne heure, Porthos ; cette fois-ci voil une ide. 
:-- Vous tes-vous inform du nom de ces trois mousquetaires ? 
:D'Artagnan ne se possdait pas de joie. On le sait, le rve de toute sa vie avait t d'tre mousquetaire. 
:Le mme soir, d'Artagnan alla prsenter ses hommages  M. des Essarts, et lui faire part de l'avancement qu'il avait obtenu. 
:D'Artagnan et t au comble de ses voeux, s'il n'et point vu pointer Milady, comme un nuage sombre  l'horizon. 
:Aprs djeuner, on convint qu'on se runirait le soir au logis d'Athos, et que l on terminerait l'affaire. 
:-- Bon ! le Luxembourg  prsent ! On croira que c'est une allusion  la reine mre ! Voil qui est ingnieux, dit Athos. 
:-- Ah ! mon cher, dit d'Artagnan, vous tes insupportable, et s'il faut crire sous votre censure, ma foi, j'y renonce. 
:-- Ah ! oui, au fait, dit Porthos, passez la plume  Aramis, qui crit des thses en latin, lui. 
:-- Bah ! s'cria Porthos, impossible ! elle a voulu faire tuer son beau- frre ? 
:-- Et son mari s'est aperu qu'elle avait, une fleur de lys sur l'paule ? s'cria Porthos. 
:-- Il parat, dit Athos, puisque les voil ; je ne prsume pas que notre ami d'Artagnan y ait mis du sien. 
:Les trois amis se regardrent en riant : ils taient pris. 
:-- Oh ! Monsieur ! dit Planchet, humili du soupon et surtout effray de l'air calme du mousquetaire. 
:-- Et moi, continua Aramis de sa voix douce et mlodieuse, songe que je te brle  petit feu comme un sauvage. 
:Aramis prit, en rougissant malgr lui, la lettre, qui tait d'une criture grossire et sans orthographe. 
:Athos jeta un coup d'oeil sur l'ptre, et, pour faire vanouir tous les soupons qui auraient pu natre, lut tout haut : 
: " Et de quel rve parle-t-elle ? demanda le dragon, qui s'tait approch pendant la lecture. 
:-- Eh ! pardieu ! dit Aramis, c'est tout simple, d'un rve que j'ai fait et que je lui ai racont. 
:-- Chamais ! reprit le Suisse, enchant qu'un homme comme Athos lui envit quelque chose, chamais ! chamais ! " 
