
choice=,,,,,,,,, 
:Carl tait si goste, qu'il dnait toujours seul, parce qu'il tait alors sr d'avoir son dner bien chaud, et de n'avoir que lui seul  servir ; tandis que sa soeur, ayant mang un morceau part, pouvait ensuite s'occuper uniquement de lui.  Il donnait pour raison qu'il n'aimait pas  faire attendre, n'tant pas sr de son temps ; toutefois, il ne manquait jamais d'arriver exactement  l'heure qu'il avait fixe lui-mme pour son dner. Il est donc bien avr que Carl tait goste ; c'est une qualit peu enviable.
:Amil tait recherche par un homme trs-bien pos pour faire son chemin dans le monde ; nanmoins, Carl lui battait froid, parce qu'il craignait de perdre sa soeur, qui le servait sans exiger de gages.  Vous devez comprendre qu'ils n'taient pas fort bons amis, car le motif de la froideur de Carl tait trop apparent pour ne pas sauter aux yeux des personnes les moins clairvoyantes ; mais Carl se moquait bien d'avoir des amis !  Il disait toujours qu'il portait ses meilleurs amis dans sa bourse ; mais, hlas !  ces amis-l taient, au contraire, ses plus grands ennemis.
:Alors il grimpa sur la colline, pour jeter un coup d'oeil sur le champ qu'il avait reu en change de son bl menac ; mais de quelle horreur ne fut-il pas saisi en voyant ce champ presque entirement dpouill, et l'affreux petit gnome, achevant sa besogne, en jetant les dernires gerbes dans un obscur abme creus profondment en terre.
:Carl erra a et l,  moiti fou, oubliant jusqu' son dner. Enfin, quand la nuit fut venue, il rentra chez lui, et, sans vouloir rpondre aux questions affectueuses de sa soeur, il alla se coucher en boudant.  Mais il avait  peine pos sa pauvre tte bouleverse sur l'oreiller, qu'une voix vint le rveiller, et lui dit :
:-- Allons, allons, dit le gnome en riant, tu raffoles !...  Ne sais-tu pas, stupide garon, que je ne suis qu'une ombre ?  Autant vaudrait essayer d'treindre l'air que de tenter de m'treindre, moi ; d'ailleurs, je ne suis venu ici que pour te promettre des richesses sans fin ; car vous tes un homme selon mon coeur : n'tes-vous pas personnel et malin  un degr merveilleux ?
:Toutefois, voyant qu'il fallait en passer par l, celui-ci plongea jusqu'au cou, et se dirigea vers l'autre rive, que le gnome avait depuis longtemps atteinte.  Lorsqu'il y arriva  son tour, il se trouvait dans un tat fort dsagrable ; ses dents claquaient, et l'eau qui dcoulait de ses vtements reproduisait  ses pieds en miniature le lac d'o il sortait.
:-- Renoncer  ma connaissance, dites-vous ?  fit le gnome en ricanant.  Mon cher Carl, cela n'est point en votre pouvoir. Vous avez de votre plein gr plong dans le lac enchant, ce qui vous attache  moi pour un certain laps de temps.  Je vous tiendrais au bout de la plus forte chane, que je ne serais pas plus sr que vous me suivrez.  Ainsi donc, marchez et songez  la rcompense.
:Cet horrible "venez" commenait  avoir pour Carl une terrible signification ; mais, de mme qu'auparavant, il fut forc d'obir. Il marcha toujours, toujours, jusqu' ce que ses dents claquassent de froid ; il s'aperut alors que le riant et chaud paysage tait devenu aride comme en hiver ; et il jugea, d'aprs la quantit de pics neigeux se perdant dans les nuages qu'il voyait autour de lui, qu'une grande mer devait tre proche ; transi au point de pouvoir  peine se traner, il conjura le gnome de prendre quelques instants de repos ;  la fin, ce dernier s'assit.
:-- Ne nous remerciez pas, dit le petit garon ; vous ne savez pas combien nous sommes heureux que le ciel nous ait procur l'occasion de vous dlivrer d'une mort certaine ; c'est  nous tre reconnaissants chaque fois que nous pouvons faire une bonne action ; voil, du moins, ce que nous enseigne notre bon pre.
:Le dmon de l'gosme tait parti pour jamais, et Carl rendit de sincres actions de grces  Dieu, pour la terrible preuve qui avait caus ce changement, et lui avait dmontr qu'en s'occupant charitablement des intrts et du bien-tre des autres, il travaillait pour lui-mme, et concourait le plus efficacement son propre bonheur.  Il avait donc, en ralit, dcouvert un trsor mille fois plus prcieux que tout l'or de la terre.
