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: L'le de Ceylan, dit-il, une terre clbre par ses pcheries de perles. Vous serait-il agrable, monsieur Aronnax, de visiter l'une de ses pcheries ?
:La carte sous les yeux, je cherchai alors ce golfe de Manaar. Je le trouvai par le neuvime parallle, sur la cte nord-ouest de Ceylan. Il tait form par une ligne allonge de la petite le Manaar. Pour l'atteindre, il fallait remonter tout le rivage occidental de Ceylan.
:-- Oui, dis-je, c'est un triste mtier, et qui ne sert qu' la satisfaction de quelques caprices. Mais, dites-moi, capitaine, quelle quantit d'hutres peut pcher un bateau dans sa Journe ?
:-- Quarante  cinquante mille environ. On dit mme qu'en 1814, le gouvernement anglais ayant fait pcher pour son propre compte, ses plongeurs, dans vingt journes de travail, rapportrent soixante-seize millions d'hutres.
:-- Ainsi, monsieur le professeur, me dit le capitaine Nemo, vos compagnons et vous, vous visiterez le banc de Manaar, et si par hasard quelque pcheur htif s'y trouve dj, eh bien, nous le verrons oprer.
:-- Oui, mon garon. Il y a de certaines pintadines qui forment un vritable crin. On a mme cit une hutre, mais je me permets d'en douter, qui ne contenait pas moins de cent cinquante requins.
:-- C'est ingnieux, dit Conseil, et je vois que la division, le classement des perles, s'opre mcaniquement. Et monsieur pourra-t-il nous dire ce que rapporte l'exploitation des bancs d'hutres perlires ?
:-- Au fait, dis-je, matre Land a raison. Et si nous rapportons jamais en Europe ou en Amrique une perle de quelques millions, voil du moins qui donnera une grande authenticit, et, en mme temps, un grand prix au rcit de nos aventures.
:La nuit arriva. Je me couchai. Je dormis assez mal. Les squales jourent un rle important dans mes rves, et je trouvai trs juste et trs injuste  la fois cette tymologie qui fait venir le mot requin du mot  requiem .
:Le capitaine Nemo, Conseil, Ned Land et moi. nous prmes place  l'arrire du canot. Le patron de l'embarcation se mit  la barre ; ses quatre compagnons appuyrent sur leurs avirons ; la bosse fut largue et nous dbordmes.
:Nous tions silencieux. A quoi songeait le capitaine Nemo ? Peut-tre  cette terre dont il s'approchait. et qu'il trouvait trop prs de lui, contrairement a l'opinion du Canadien, auquel elle semblait encore trop loigne. Quant  Conseil, il tait l en simple curieux.
:Le canot s'avana vers l'le de Manaar, qui s'arrondissait dans le sud. Le capitaine Nemo s'tait lev de son banc et observait la mer.
:Sur un signe de lui, l'ancre fut mouille, et la chane courut  peine, car le fond n'tait pas  plus d'un mtre, et il formait en cet endroit l'un des plus hauts points du banc de pintadines. Le canot vita aussitt sous la pousse du jusant qui portait au large.
:Je ne rpondis rien, et tout en regardant ces flots suspects, aid des matelots de l'embarcation, je commenai  revtir mon lourd vtement de mer. Le capitaine Nemo et mes deux compagnons s'habillaient aussi. Aucun des hommes du Nautilus ne devait nous accompagner dans cette nouvelle excursion.
:Bientt nous fmes emprisonns jusqu'au cou dans le vtement de caoutchouc, et des bretelles fixrent sur notre dos les appareils  air. Quant aux appareils Ruhmkorff, il n'en tait pas question. Avant d'introduire ma tte dans sa capsule de cuivre, j'en fis l'observation au capitaine.
:Pendant que le capitaine Nemo prononait ces paroles, je me retournai vers Conseil et Ned Land. Mais ces deux amis avaient dj embot leur tte dans la calotte mtallique, et ils ne pouvaient ni entendre ni rpondre.
:Un instant aprs, les matelots de l'embarcation nous dbarquaient les uns aprs les autres, et, par un mtre et demi d'eau, nous prenions pied sur un sable uni. Le capitaine Nemo nous fit un signe de la main. Nous le suivmes, et par une pente douce nous disparmes sous les flots.
:L, les ides qui obsdaient mon cerveau m'abandonnrent. Je redevins tonnamment calme. La facilit de mes mouvements accrut ma confiance, et l'tranget du spectacle captiva mon imagination.
:Aprs avoir descendu une pente assez raide, nos pieds foulrent le fond d'une sorte de puits circulaire. L, le capitaine Nemo s'arrta, et de la main il nous indiqua un objet que je n'avais pas encore aperu.
:C'tait une hutre de dimension extraordinaire, une tridacne gigantesque, un bnitier qui et contenu un lac d'eau sainte, une vasque dont la largeur dpassait deux mtres, et consquemment plus grande que celle qui ornait le salon du Nautilus.
:Dix minutes aprs, le capitaine Nemo s'arrtait soudain. Je crus qu'il faisait halte pour retourner sur ses pas. Non. D'un geste, il nous ordonna de nous blottir prs de lui au fond d'une large anfractuosit. Sa main se dirigea vers un point de la masse liquide, et je regardai attentivement.
:Ce plongeur ne nous voyait pas. L'ombre du rocher nous drobait a ses regards. Et d'ailleurs, comment ce pauvre Indien aurait-il jamais suppos que des hommes, des tres semblables  lui, fussent l, sous les eaux, piant ses mouvements. ne perdant aucun dtail de sa pche !
:Je compris son pouvante. Une ombre gigantesque apparaissait au-dessus du malheureux plongeur. C'tait un requin de grande taille qui s'avanait diagonalement, l'oeil en feu, les mchoires ouvertes !
:Nous le suivmes tous trois, et, en quelques instants, miraculeusement sauvs, nous atteignions l'embarcation du pcheur.
:Sur un signe du capitaine, nous regagnmes le banc de pintadines, et, suivant la route dj parcourue, aprs une demi-heure de marche nous rencontrions l'ancre qui rattachait au sol le canot du Nautilus.
:-- Eh bien ! nous reviendrons, matre Land, et si aprs le golfe Persique, le Nautilus veut visiter la mer Rouge, le dtroit de Babel-Mandeb est toujours l pour lui livrer passage.
:-- Je suppose qu'aprs avoir visit ces curieux parages de l'Arabie et de l'gypte, le Nautilus redescendra l'Ocan indien, peut-tre  travers le canal de Mozambique, peut-tre au large des Mascareignes, de manire  gagner le cap de Bonne-Esprance.
:Ce jour-l  midi, aprs le point, le capitaine Nemo monta sur la plate-forme o je me trouvai. Je me promis de ne point le laisser redescendre sans l'avoir au moins pressenti sur ses projets ultrieurs. Il vint  moi ds qu'il m'aperut, m'offrit gracieusement un cigare et me dit :
: Eh bien ! monsieur le professeur, cette mer Rouge vous plat-elle ? Avez-vous suffisamment observ les merveilles qu'elle recouvre, ses poissons et ses zoophytes, ses parterres d'ponges et ses forts de corail ? Avez-vous entrevu les villes jetes sur ses bords ?
:-- C'est vrai, rpondis-je, votre navire avance d'un sicle, de plusieurs peut-tre, sur son poque. Quel malheur qu'un secret pareil doive mourir avec son inventeur ! 
:-- Ce fantaisiste prtend que son nom lui fut donn aprs le passage des Isralites, lorsque le Pharaon eut pri dans les flots qui se refermrent  la voix de Mose :
:-- Oui. C'est une matire mucilagineuse pourpre produite par ces chtives plantules connues sous le nom de _trichodesmies_, et dont il faut quarante mille pour occuper l'espace d'un millimtre carr. Peut-tre en rencontrerez-vous. quand nous serons  Tor.
:-- C'est que l'endroit mme o Mose a pass avec tout son peuple est tellement ensabl maintenant que les chameaux y peuvent  peine baigner leurs jambes. Vous comprenez que mon Nautilus n'aurait pas assez d'eau pour lui.
:-- Eh bien, capitaine, ce que les anciens n'avaient os entreprendre, cette jonction entre les deux mers qui abrgera de neuf mille kilomtres la route de Cadix aux Indes, M. de Lesseps l'a fait, et avant peu, il aura chang l'Afrique en une le immense.
:-- Malheureusement, reprit-il, je ne puis vous conduire  travers ce canal de Suez, mais vous pourrez apercevoir les longues jetes de Port-Sad aprs-demain, quand nous serons dans la Mditerrane.
:-- Jusqu' une certaine profondeur. Mais  cinquante mtres seulement se rencontre une inbranlable assise de roc.
:-- Nous verrons bien ! riposta Ned Land, en secouant la tte. Aprs tout, je ne demande pas mieux que de croire  son passage,  ce capitaine, et fasse le ciel qu'il nous conduise, en effet, dans la Mditerrane. 
:-- En effet, dis-je, aprs une attentive observation, j'aperois comme un long corps noirtre  la surface des eaux.
:En effet, cet objet noirtre ne fut bientt qu' un mille de nous. Il ressemblait  un gros cueil chou en pleine mer. Qu'tait-ce ? Je ne pouvais encore me prononcer.
:Ce nom de sirne me mit sur la voie, et je compris que cet animal appartenait  cet ordre d'tres marins, dont la fable a fait les sirnes, moiti femmes et moiti poissons.
: Non, dis-je  Conseil, ce n'est point une sirne, mais un tre curieux dont il reste  peine quelques chantillons dans la mer Rouge. C'est un dugong.
:Cependant Ned Land regardait toujours. Ses yeux brillaient de convoitise  la vue de cet animal. Sa main semblait prte  le harponner. On et dit qu'il attendait le moment de se jeter  la mer pour l'attaquer dans son lment.
:-- Oui, matre Land. Sa chair, une viande vritable, est extrmement estime, et on la rserve dans toute la Malaisie pour la table des princes. Aussi fait-on  cet excellent animal une chasse tellement acharne que, de mme que le lamantin, son congnre, il devient de plus en plus rare.
:On juge de la colre qui surexcitait l'impatient Ned Land. Il lanait au malheureux animal les plus nergiques jurons de la langue anglaise. Pour mon compte, je n'en tais encore qu'au dpit de voir le dugong djouer toutes nos ruses.
:On le poursuivit sans relche pendant une heure, et je commenais  croire qu'il serait trs difficile de s'en emparer, quand cet animal fut pris d'une malencontreuse ide de vengeance dont il eut  se repentir. Il revint sur le canot pour l'assaillir  son tour.
:J'entendis le grincement des dents sur la tle, et le dugong disparut, entranant le harpon avec lui. Mais bientt le baril revint  la surface, et peu d'instants aprs, apparut le corps de l'animal, retourn sur le dos. Le canot le rejoignit, le prit  la remorque et se dirigea vers le Nautilus.
:La vitesse du Nautilus tait alors modre. Il s'avanait en flnant, pour ainsi dire. J'observai que l'eau de la mer Rouge devenait de moins en moins sale, a mesure que nous approchions de Suez.
:Des fils lectriques reliaient la cage du timonier avec la chambre des machines, et de l, le capitaine pouvait communiquer simultanment  son Nautilus la direction et le mouvement. Il pressa un bouton de mtal, et aussitt la vitesse de l'hlice fut trs diminue.
:-- D'ailleurs, Ned, le capitaine Nemo m'a fait les honneurs de son tunnel, et j'tais prs de lui, dans la cage du timonier, pendant qu'il dirigeait lui-mme le Nautilus  travers cet troit passage.
: En effet, dit-il, vous avez raison, monsieur le professeur, et votre capitaine est un matre homme. Nous sommes dans la Mditerrane. Bon. Causons donc, s'il vous plat, de nos petites affaires, mais de faon  ce que personne ne puisse nous entendre. 
:Je vis bien o le Canadien voulait en venir. En tout cas, je pensai qu'il valait mieux causer, puisqu'il le dsirait, et tous les trois nous allmes nous asseoir prs du fanal, o nous tions moins exposs  recevoir l'humide embrun des lames.
:-- Ce que j'ai  vous apprendre est trs simple, rpondit le Canadien. Nous sommes en Europe, et avant que les caprices du capitaine Nemo nous entranent jusqu'au fond des mers polaires ou nous ramnent en Ocanie, je demande  quitter le Nautilus. 
:-- Monsieur Aronnax, rpondit le Canadien, vos arguments pchent par la base. Vous parlez au futur :  Nous serons l ! Nous serons ici !  Moi je parle au prsent :  Nous sommes ici, et il faut en profiter.  
:Je ne pus m'empcher de sourire,  voir Conseil annihiler si compltement sa personnalit. Au fond, le Canadien devait tre enchant de ne pas l'avoir contre lui.
:-- Dans ce cas, je chercherais  m'emparer du canot. Je sais comment il se manoeuvre. Nous nous introduirions  l'intrieur, et les boulons enlevs, nous remonterions  la surface, sans mme que le timonier, plac  l'avant, s'apert de notre fuite.
:-- Et maintenant, Ned Land, ajoutai-je, restons-en l. Plus un mot sur tout ceci. Le jour o vous serez prt, vous nous prviendrez et nous vous suivrons. Je m'en rapporte compltement  vous. 
: C'tait, en effet, l'antique sjour de Prote, le vieux pasteur des troupeaux de Neptune, maintenant l'le de Scarpanto, situe entre Rhodes et la Crte. Je n'en vis que les soubassements granitiques  travers la vitre du salon.
: Ne vous inquitez pas, me dit le capitaine. C'est Nicolas, du cap Matapan, surnomm le Pesce. Il est bien connu dans toutes les Cyclades. Un hardi plongeur ! L'eau est son lment, et il y vit plus que sur terre, allant sans cesse d'une le  l'autre et jusqu' la Crte.
:Je ne prononai pas un mot. Je regardai. Le capitaine Nemo prit un  un ces lingots et les rangea mthodiquement dans le coffre qu'il remplit entirement. J'estimai qu'il contenait alors plus de mille kilogrammes d'or, c'est--dire prs de cinq millions de francs.
:Deux heures aprs, le mme bruit, les mmes alles et venues se reproduisaient. L'embarcation, hisse  bord, tait rajuste dans son alvole, et le Nautilus se replongeait sous les flots.
:-- Prs de l'le Santorin, monsieur le professeur, me rpondit le capitaine, et prcisment dans ce canal qui spare Na-Kamenni de Pala-Kamenni. J'ai voulu vous donner le curieux spectacle d'une ruption sous-marine.
:Conseil s'tait occup plus particulirement d'observer les mollusques et les articuls, et bien que la nomenclature en soit un peu aride, je ne veux pas faire tort  ce brave garon en omettant ses observations personnelles.
:Pendant la nuit du 16 au 17 fvrier, nous tions entrs dans ce second bassin mditerranen, dont les plus grandes profondeurs se trouvent par trois mille mtres. Le Nautilus, sous l'impulsion de son hlice, glissant sur ses plans inclins, s'enfona jusqu'aux dernires couches de la mer.
:Tout  coup l'horloge sonna huit heures. Le battement du premier coup de marteau sur le timbre m'arracha  mes rves. Je tressaillis comme si un oeil invisible et pu plonger au plus secret de mes penses, et je me prcipitai hors de la chambre.
:L, mes regards s'arrtrent sur la boussole. Notre direction tait toujours au nord. Le loch indiquait une vitesse modre, le manomtre, une profondeur de soixante pieds environ. Les circonstances favorisaient donc les projets du Canadien.
:J'ouvris la porte communiquant avec la bibliothque. Mme clart insuffisante, mme solitude. J'allai me poster prs de la porte qui donnait sur la cage de l'escalier central. J'attendis le signal de Ned Land.
:En ce moment, les frmissements de l'hlice diminurent sensiblement, puis ils cessrent tout  fait. Pourquoi ce changement dans les allures du Nautilus ? Cette halte favorisait-elle ou gnait-elle les desseins de Ned Land, je n'aurais pu le dire.
: Les commandants espagnols du convoi protestrent contre cette dcision. Ils voulurent tre conduits dans un port espagnol, et,  dfaut de Cadix, dans la baie de Vigo, situe sur la cte nord-ouest de l'Espagne, et qui n'tait pas bloque.
: L'amiral de Chteau-Renaud eut la faiblesse d'obir  cette injonction, et les galions entrrent dans la baie de Vigo.
: Malheureusement cette baie forme une rade ouverte qui ne peut tre aucunement dfendue. Il fallait donc se hter de dcharger les galions avant l'arrive des flottes coalises, et le temps n'et pas manqu  ce dbarquement, si une misrable question de rivalit n'et surgi tout  coup.
:-- Eh bien, monsieur Aronnax, me rpondit le capitaine Nemo, nous sommes dans cette baie de Vigo, et il ne tient qu' vous d'en pntrer les mystres. 
:-- Une socit qui a reu du gouvernement espagnol le privilge de rechercher les galions engloutis. Les actionnaires sont allchs par l'appt d'un norme bnfice, car on value  cinq cents millions la valeur de ces richesses naufrages.
:-- Ou plutt sa maison de banque. J'entends par l cet Ocan o ses richesses sont plus en sret qu'elles ne le seraient dans les caisses d'un tat. 
:Le soir, vers onze heures, je reus la visite trs inattendue du capitaine Nemo. Il me demanda fort gracieusement si je me sentais fatigu d'avoir veill la nuit prcdente. Je rpondis ngativement.
:En quelques instants, nous emes revtu nos appareils. On plaa sur notre dos les rservoirs abondamment chargs d'air, mais les lampes lectriques n'taient pas prpares. Je le fis observer au capitaine.
:O tais-je ? O tais-je ? Je voulais le savoir  tout prix, je voulais parler, je voulais arracher la sphre de cuivre qui emprisonnait ma tte.
:L'historien qui a consign dans ses crits les hauts faits de ces temps hroques, c'est Platon lui-mme. Son dialogue de Time et de Critias a t, pour ainsi dire, trac sous l'inspiration de Solon, pote et lgislateur.
:Nous descendmes rapidement la montagne. La fort minrale une fois dpasse, j'aperus le fanal du Nautilus qui brillait comme une toile. Le capitaine marcha droit  lui, et nous tions rentrs  bord au moment o les premires teintes de l'aube blanchissaient la surface de l'Ocan.
:En effet, de nombreux poissons attiraient ses regards, et quand passaient des poissons, Conseil, emport dans les abmes de la classification, sortait du monde rel. Dans ce cas, je n'avais plus qu' le suivre et  reprendre avec lui nos tudes ichtyologiques.
:-- En effet, rpondis-je, ici vous tes en sret, capitaine Nemo. Qui pourrait vous atteindre au centre d'un volcan ? Mais,  son sommet, n'ai-je pas aperu une ouverture ?
:-- Pas plus que je ne saurais y monter. Jusqu' une centaine de pieds, la base intrieure de cette montagne est praticable, mais au-dessus, les parois surplombent, et leurs rampes ne pourraient tre franchies.
:Ils montrent sur la plate-forme. Conseil, qui ne s'tonnait de rien, regarda comme une chose trs naturelle de se rveiller sous une montagne aprs s'tre endormi sous les flots. Mais Ned Land n'eut d'autre ide que de chercher si la caverne prsentait quelque issue.
: Vous figurez-vous, leur demandai-je, ce que devait tre cet entonnoir, lorsqu'il s'emplissait de laves bouillonnantes, et que le niveau de ce liquide incandescent s'levait jusqu' l'orifice de la montagne, comme la fonte sur les parois d'un fourneau ?
:Je m'approchai et je dus me rendre  l'vidence. Il y avait l,  l'orifice d'un trou creus dans le trou d'un dragonnier, quelques milliers de ces ingnieux insectes, si communs dans toutes les Canaries, et dont les produits y sont particulirement estims.
:La direction du Nautilus ne s'tait pas modifie. Tout espoir de revenir vers les mers europennes devait donc tre momentanment rejet. Le capitaine Nemo maintenait le cap vers le sud. O nous entranait-il ? Je n'osais l'imaginer.
:Cependant, par quatorze mille mtres, j'aperus des pics noirtres qui surgissaient au milieu des eaux. Mais ces sommets pouvaient appartenir  des montagnes hautes comme l'Hymalaya ou le Mont-Blanc, plus hautes mme, et la profondeur de ces abmes demeurait invaluable.
: Je te comprends, dis-je ; mais ce calcul-l, facile  tablir d'ailleurs, ne peut donner qu'un chiffre trs incertain.
: Aprs tout, reprit-il, le capitaine Nemo ne peut pas aller toujours au sud ! Il faudra bien qu'il s'arrte, ne ft-ce que devant la banquise, et qu'il revienne vers des mers plus civilises ! Alors, il sera temps de reprendre les projets de Ned Land. 
:Il est certain que la monotonie du bord devait paratre insupportable au Canadien, habitu  une vie libre et active. Les vnements qui pouvaient le passionner taient rares. Cependant, ce jour-l, un incident vint lui rappeler ses beaux jours de harponneur.
:-- Ds lors, reprit le Canadien, puisque je n'ai jamais pch dans ces parages, je ne connais point les baleines qui les frquentent ?
:Je me suis mme laiss dire que le Hullamock et l'Umgallick des les Aloutiennes dpassaient quelquefois cent cinquante pieds.
:-- Ceci me parat exagr, rpondis-je. Ces animaux ne sont que des baleinoptres, pourvus de nageoires dorsales, et de mme que les cachalots, ils sont gnralement plus petits que la baleine franche.
: Vous parlez, dit-il, du cachalot comme d'une petite bte ! On cite cependant des cachalots gigantesques. Ce sont des ctacs intelligents. Quelques-uns, dit-on, se couvrent d'algues et de fucus. On les prend pour des lots. On campe dessus, on s'y installe, on fait du feu...
:-- C'est beaucoup, en effet, dis-je. Cependant, il faut avouer que certains ctacs acquirent un dveloppement considrable, puisque, dit-on, ils fournissent jusqu' cent vingt tonnes d'huile.
: Pour mon compte, dit-il, j'ai reu un coup de queue de baleine -dans mon canot, cela va sans dire. Mes compagnons et moi, nous avons t lancs  une hauteur de six mtres. Mais auprs de la baleine de monsieur le professeur, la mienne n'tait qu'un baleineau.
:-- Ce sont des cachalots, animaux terribles que j'ai quelquefois rencontrs par troupes de deux ou trois cents ! Quant  ceux-l, btes cruelles et malfaisantes, on a raison de les exterminer. 
:Je craignais que celui-ci ne se laisst emporter  quelque violence qui aurait eu des consquences dplorables. Mais sa colre fut dtourne par la vue d'une baleine que le Nautilus accostait en ce moment.
:Le capitaine Nemo conduisit le Nautilus prs du cadavre de l'animal. Deux de ses hommes montrent sur le flanc de la baleine, et je vis, non sans tonnement, qu'ils retiraient de ses mamelles tout le lait qu'elles contenaient, c'est--dire la valeur de deux  trois tonneaux.
:Le capitaine m'offrit une tasse de ce lait encore chaud. Je ne pus m'empcher de lui marquer ma rpugnance pour ce breuvage. Il m'assura que ce lait tait excellent, et qu'il ne se distinguait en aucune faon du lait de vache.
:De ce jour-l, je remarquai avec inquitude que les dispositions de Ned Land envers le capitaine Nemo devenaient de plus en plus mauvaises, et je rsolus de surveiller de prs les faits et gestes du Canadien.
:-- Parce que personne ne peut franchir la banquise. Il est puissant, votre capitaine ; mais, mille diables ! il n'est pas plus puissant que la nature, et l o elle a mis des bornes, il faut que l'on s'arrte bon gr mal gr.
:-- Vous tes certain de ce fait, Ned, rpliquai-je, mais moi je ne le suis pas. Voil pourquoi je voudrais aller voir.
:-- Il pourra mme aller chercher  une profondeur plus grande cette temprature uniforme des eaux marines, et l nous braverons impunment les trente ou quarante degrs de froid de la surface.
:Cependant, il n'avait pas perdu un instant. A un signal le second parut. Ces deux hommes s'entretinrent rapidement dans leur incomprhensible langage, et soit que le second et t antrieurement prvenu, soit qu'il trouvt le projet praticable, il ne laissa voir aucune surprise.
:Mais si impassible qu'il ft il ne montra pas une plus complte impassibilit que Conseil, lorsque j'annonai  ce digne garon notre intention de pousser jusqu'au ple sud. Un  comme il plaira  monsieur
:Il tait huit heures alors. Depuis quatre heures dj, l'air aurait d tre renouvel  l'intrieur du Nautilus, suivant l'habitude quotidienne du bord. Cependant, je ne souffrais pas trop, bien que le capitaine Nemo n'et pas encore demand  ses rservoirs un supplment d'oxygne.
:A dix milles du Nautilus, vers le sud, un lot solitaire s'levait  une hauteur de deux cents mtres. Nous marchions vers lui, prudemment, car cette mer pouvait tre seme d'cueils.
:Une heure aprs, nous avions atteint l'lot. Deux heures plus tard, nous achevions d'en faire le tour. Il mesurait quatre  cinq milles de circonfrence. Un troit canal le sparait d'une terre considrable, un continent peut-tre, dont nous ne pouvions apercevoir les limites.
: Un peu plus, rpondit Conseil, ce seraient des lampes parfaites ! Aprs a, on ne peut exiger que la nature les ait pralablement munis d'une mche ! 
:Midi arriva sans que l'astre du jour se ft montr un seul instant. On ne pouvait mme reconnatre la place qu'il occupait derrire le rideau de brume. Bientt cette brume vint  se rsoudre en neige.
:Le lendemain 20 mars, la neige avait cess. Le froid tait un peu plus vif. Le thermomtre marquait deux degrs au-dessous de zro. Les brouillards se levrent, et j'esprai que, ce jour-l, notre observation pourrait s'effectuer.
:-- Tout, c'est beaucoup dire, mais je crois, en effet, que nous n'aurions pu empcher notre ami le Canadien de harponner quelques-uns de ces magnifiques ctacs. Ce qui et dsoblig le capitaine Nemo, car il ne verse pas inutilement le sang des btes inoffensives.
:-- Deux genres, qui appartiennent  la famille des pinnipdes, se hta de dire mon savant Conseil, ordre des carnassiers, groupe des unguiculs, sous-classe des monodelphiens, classe des mammifres, embranchement des vertbrs.
:-- Non, rpondis-je,  moins qu'on ne les attaque. Lorsqu'un phoque dfend son petit, sa fureur est terrible, et il n'est pas rare qu'il mette en pices l'embarcation des pcheurs.
:Deux milles plus loin, nous tions arrts par le promontoire qui couvrait la baie contre les vents du sud. Il tombait d'aplomb  la mer et cumait sous le ressac. Au-del clataient de formidables rugissements, tels qu'un troupeau de ruminants en et pu produire.
:Et nous voil franchissant les roches noirtres, au milieu d'boulements imprvus, et sur des pierres que la glace rendait fort glissantes. Plus d'une fois, je roulai au dtriment de mes reins. Conseil, plus prudent ou plus solide, ne bronchait gure, et me relevait, disant :
:Arriv  l'arte suprieure du promontoire, j'aperus une vaste plaine blanche, couverte de morses. Ces animaux jouaient entre eux. C'taient des hurlements de joie, non de colre.
:L je dposai cet oeuf rare sous une des vitrines du muse. Je soupai avec apptit d'un excellent morceau de foie de phoque dont le got rappelait celui de la viande de porc. Puis je me couchai, non sans avoir invoqu, comme un Indou, les faveurs de l'astre radieux.
:Je remarquai galement de longs cordons blanchtres de salpes, sortes de mollusques agrgs, et des mduses de grande taille qui se balanaient entre le remous des lames.
:-- Mille diables ! s'cria le Canadien, je le sais bien moi ! Le Nautilusa touch, et  en juger par la gte qu'il donne, je ne crois pas qu'il s'en tire comme la premire fois dans le dtroit de Torrs.
:Nous quittmes le salon. Dans la bibliothque, personne. A l'escalier central, au poste de l'quipage, personne. Je supposai que le capitaine Nemo devait tre post dans la cage du timonier. Le mieux tait d'attendre. Nous revnmes tous trois au salon.
:Je rflchissais  toutes les consquences de cette situation. Le capitaine Nemo ne cessait d'observer le manomtre. Le Nautilus, depuis la chute de l'iceberg, avait remont de cent cinquante pieds environ, mais il faisait toujours le mme angle avec la perpendiculaire.
:-- Eh ! mille diables ! oui, riposta Ned Land. C'est superbe ! Je rage d'tre forc d'en convenir. On n'a jamais rien vu de pareil. Mais ce spectacle-l pourra nous coter cher. Et, s'il faut tout dire, je pense que nous voyons ici des choses que Dieu a voulu interdire aux regards de l'homme ! 
:A huit heures vingt-cinq, un second choc eut lieu. A l'arrire, cette fois. Je plis. Mes compagnons s'taient rapprochs de moi. J'avais saisi la main de Conseil. Nous nous interrogions du regard, et plus directement que si les mots eussent interprt notre pense.
:-- Juste, reprit le capitaine Nemo, mais ils ne donneront que deux jours d'air. Or, voil trente-six heures que nous sommes enfouis sous les eaux, et dj l'atmosphre alourdie du Nautilus demande  tre renouvele. Dans quarante-huit heures, notre rserve sera puise.
:Aprs deux heures d'un travail nergique, Ned Land rentra puis. Ses compagnons et lui furent remplacs par de nouveaux travailleurs auxquels nous nous joignmes, Conseil et moi. Le second du Nautilus nous dirigeait.
:En ce moment, le capitaine Nemo, dirigeant le travail, travaillant lui-mme, passa prs de moi. Je le touchai de la main et lui montrai les parois de notre prison. La muraille de tribord s'tait avance  moins de quatre mtres de la coque du Nautilus.
:-- Oui, capitaine, peut-tre. Mais quelque rsistance  l'crasement que possde le Nautilus, il ne pourrait supporter cette pouvantable pression et s'aplatirait comme une feuille de tle.
:Cependant, le capitaine Nemo rflchissait, silencieux, immobile. Visiblement, une ide lui traversait l'esprit. Mais il paraissait la repousser. Il se rpondait ngativement  lui-mme. Enfin, ces mots s'chapprent de ses lvres !
:L'injection commena, et trois heures aprs, le thermomtre marquait extrieurement six degrs au-dessous de zro. C'tait un degr de gagn. Deux heures plus tard, le thermomtre n'en marquait que quatre.
:Le lendemain, 27 mars, six mtres de glace avaient t arrachs de l'alvole. Quatre mtres seulement restaient  enlever. C'taient encore quarante-huit heures de travail. L'air ne pouvait plus tre renouvel  l'intrieur du Nautilus. Aussi, cette journe alla-t-elle toujours en empirant.
:Tout  coup, emport par son effroyable surcharge, le Nautilus s'enfona comme un boulet sous les eaux, c'est--dire qu'il tomba comme il et fait dans le vide !
:Mes regards se portrent vers l'horloge. Il tait onze heures du matin. Nous devions tre au 28 mars. Le Nautilus marchait avec une vitesse effrayante de quarante milles  l'heure. Il se tordait dans les eaux.
:En ce moment, le manomtre indiqua que nous n'tions plus qu' vingt pieds de la surface. Un simple champ de glace nous sparait de l'atmosphre. Ne pouvait-on le briser ?
:Les premires paroles que je prononai furent des paroles de remerciements et de gratitude pour mes deux compagnons. Ned et Conseil avaient prolong mon existence pendant les dernires heures de cette longue agonie. Toute ma reconnaissance ne pouvait payer trop un tel dvouement.
:Les hommes du Naulilus attachrent  la queue de ces poissons un anneau assez large pour ne pas gner leurs mouvements, et  cet anneau, une longue corde amarre  bord par l'autre bout.
:Les chndes, jets  la mer, commencrent aussitt leur rle et allrent se fixer au plastron des tortues. Leur tnacit tait telle qu'ils se fussent dchirs plutt que de lcher prise. On les halait  bord, et avec eux les tortues auxquelles ils adhraient.
:Le 16 avril, nous emes connaissance de la Martinique et de la Guadeloupe,  une distance de trente milles environ. J'aperus un instant leurs pitons levs.
:Quel changement s'tait opr en lui ? Pour quelle cause ? Je n'avais rien  me reprocher. Peut-tre notre prsence  bord lui pesait-elle ? Cependant, je ne devais pas esprer qu'il ft homme  nous rendre la libert.
:-- Je le regrette rpliqua Conseil. Je voudrais contempler face  face l'un de ces poulpes dont j'ai tant entendu parler et qui peuvent entraner des navires dans le fond des abmes. Ces btes-l, a se nomme des krak...
:-- Au fait, il a raison, dis-je. J'ai entendu parler de ce tableau ; mais le sujet qu'il reprsente est tir d'une lgende, et vous savez ce qu'il faut penser des lgendes en matire d'histoire naturelle ! D'ailleurs, quand il s'agit de monstres, l'imagination ne demande qu' s'garer.
:L, une dizaine d'hommes, arms de haches d'abordage, se tenaient prts  l'attaque. Conseil et moi, nous prmes deux haches. Ned Land saisit un harpon.
:-- Soit. Aujourd'hui, je le verrai , rpondis-je au Canadien, qui, en agissant lui-mme, et certainement tout compromis.
:J'entrai. Le capitaine tait l. Courb sur sa table de travail, il ne m'avait pas entendu. Rsolu  ne pas sortir sans l'avoir interrog, je m'approchai de lui. Il releva la tte brusquement, frona les sourcils, et me dit d'un ton assez rude :
:Le nom de cet homme ! Son histoire crite par lui-mme ! Son mystre serait donc un jour dvoil ? Mais, en ce moment, je ne vis dans cette communication qu'une entre en matire.
:Le vent soufflait du sud-ouest, d'abord en grand frais, c'est--dire avec une vitesse de quinze mtres  la seconde, qui fut porte  vingt-cinq mtres vers trois heures du soir. C'est le chiffre des temptes.
:Le Nautilus descendait toujours. Je pensais qu'il retrouverait le calme  une profondeur de quinze mtres. Non. Les couches suprieures taient trop violemment agites. Il fallut aller chercher le repos jusqu' cinquante mtres dans les entrailles de la mer.
:Mais l, quelle tranquillit, quel silence, quel milieu paisible ! Qui et dit qu'un ouragan terrible se dchanait alors  la surface de cet Ocan ?
:D'ailleurs il ne demeura pas longtemps dans ces parages frquents. Il s'leva jusque vers le quarante-deuxime degr de latitude. C'tait  la hauteur de Saint-Jean de Terre-Neuve et de Heart's Content, o aboutit l'extrmit du cble transatlantique.
:Le Nautilus, au lieu de continuer  marcher au nord prit direction vers l'est, comme s'il voulait suivre ce plateau tlgraphique sur lequel repose le cble, et dont des sondages multiplis ont donn le relief avec une extrme exactitude.
:Le capitaine Nemo, quelques minutes avant que le soleil passt au mridien, prit son sextant et observa avec une prcision extrme. Le calme absolu des flots facilitait son opration. Le Nautilus immobile ne ressentait ni roulis ni tangage.
:J'tais en ce moment sur la plate-forme. Lorsque son relvement fut termin, le capitaine pronona ces seuls mots.
:Quel tait ce navire ? Pourquoi le Nautilus venait-il visiter sa tombe ? N'tait-ce donc pas un naufrage qui avait entran ce btiment sous les eaux ?
: Non, monsieur, rpondit-il. Je ne saurais reconnatre  quelle nation il appartient. Son pavillon n'est pas hisse. Mais je puis affirmer que c'est un navire de guerre, car une longue flamme se droule  l'extrmit de son grand mt. 
:Pendant un quart d'heure, nous continumes d'observer le btiment qui se dirigeait vers nous. Je ne pouvais admettre, cependant. qu'il et reconnu le Nautilus  cette distance, encore moins qu'il st ce qu'tait cet engin sous-marin.
:Je ne rpondis pas  la proposition du Canadien, et je continuai de regarder le navire qui grandissait  vue d'oeil. Qu'il ft anglais, franais, amricain ou russe, il tait certain qu'il nous accueillerait, si nous pouvions gagner son bord.
:Le navire cuirass n'tait plus alors qu' trois milles. Malgr sa violente canonnade, le capitaine Nemo ne paraissait pas sur la plate-forme. Et cependant, l'un de ces boulets coniques, frappant normalement la coque du Nautilus, lui et t fatal.
:Le Canadien, Conseil et moi, nous ne pouvions qu'obir. Une quinzaine de marins du Nautilus entouraient le capitaine et regardaient avec un implacable sentiment de haine ce navire qui s'avanait vers eux. On sentait que le mme souffle de vengeance animait toutes ces mes.
: Je suis le droit, je suis la justice ! me dit-il. Je suis l'opprim, et voil l'oppresseur ! C'est par lui que tout ce que J'ai aime, chri, vnr, patrie, femme, enfants, mon pre, ma mre, j'ai vu tout prir ! Tout ce que je hais est l ! Taisez-vous ! 
:Et quand je pensais  ce calme profond des lments, compar  toutes ces colres qui couvaient dans les flancs de l'imperceptible Nautilus, je sentais frissonner tout mon tre.
:Nous passmes dans la bibliothque. Au moment o je poussais la porte qui s'ouvrait sur la cage de l'escalier central, j'entendis le panneau suprieur se fermer brusquement.
:Le Canadien s'lana sur les marches, mais je l'arrtai. Un sifflement bien connu m'apprenait que l'eau pntrait dans les rservoirs du bord. En effet, en peu d'instants, le Nautilus s'immergea  quelques mtres au-dessous de la surface des flots.
:Le Nautilus ne songeait pas a frapper le deux-ponts dans son impntrable cuirasse, mais au-dessous de sa ligne de flottaison, l ou la carapace mtallique ne protge plus le bord.
:L'eau montait. Les malheureux s'lanaient dans les haubans, s'accrochaient aux mts, se tordaient sous ls eaux. C'tait une fourmilire humaine surprise par l'envahissement d'une mer !
:L'norme vaisseau s'enfonait lentement. Le Nautilus le suivant, piait tous ses mouvements. Tout  coup, une explosion se produisit. L'air comprim fit voler les ponts du btiment comme si le feu et pris aux soutes. La pousse des eaux fut telle que le Nautilus dvia.
:Alors le malheureux navire s'enfona plus rapidement. Ses hunes, charges de victimes, apparurent, ensuite des barres, pliant sous des grappes d'hommes. enfin le sommet de son grand mt. Puis, la masse sombre disparut, et avec elle cet quipage de cadavres entrans par un formidable remous...
:Je dirai aussi que le Canadien,  bout de forces et de patience, ne paraissait plus. Conseil ne pouvait en tirer un seul mot, et craignait que, dans un accs de dlire et sous l'empire d'une nostalgie effrayante, il ne se tut. Il le surveillait donc avec un dvouement de tous les instants.
:J'tais dcid  tout. Le Canadien me quitta. Je gagnai la plate-forme, sur laquelle je pouvais  peine me maintenir contre le choc des lames. Le ciel tait menaant, mais puisque la terre tait l dans ces brumes paisses, il fallait fuir. Nous ne devions perdre ni un jour ni une heure.
:A six heures, je dnai, mais je n'avais pas faim. Je me forai  manger, malgr mes rpugnances, ne voulant pas m'affaiblir.
:L, je revtis de solides vtements de mer. Je rassemblai mes notes et les serrai prcieusement sur moi. Mon coeur battait avec force. Je ne pouvais en comprimer les pulsations. Certainement, mon trouble, mon agitation m'eussent trahi aux yeux du capitaine Nemo.
:Il n'y avait pas  hsiter, dt le capitaine Nemo se dresser devant moi. J'ouvris ma porte avec prcaution, et cependant, il me sembla qu'en tournant sur ses gonds, elle faisait un bruit effrayant. Peut-tre ce bruit n'existait-il que dans mon imagination !
:Je me tranai sur le tapis, vitant le moindre heurt dont le bruit et pu trahir ma prsence. Il me fallut cinq minutes pour gagner la porte du fond qui donnait sur la bibliothque.
